Mardi, 16 Mai, 2017 - 16:04
C’est la fin d’une époque: le Ahearn Memorial Pilgrimage annonce qu’il tire sa révérence après 95 ans de pèlerinage à Sainte-Anne-de-Beaupré. Ce groupe de pèlerins des États-Unis est devenu au fil des années une véritable institution vivante lors de la traditionnelle neuvaine de prière à sainte Anne en juillet.
 
En 1922, très amoché après un accident de travail, l’Américain Andrew Ahearn, de Springfield au Massachusetts, tente le tout pour le tout: il se rend à Sainte-Anne-de-Beaupré contre l’avis des médecins et promet de revenir chaque année avec d’autres malades s’il s’en sort. Sa guérison inattendue dans la chapelle temporaire, qui avait été érigée après l’incendie de la basilique de mars 1922, devient le moment fondateur d’une longue tradition pèlerine. M. Ahearn a tenu promesse jusqu’à sa mort, en 1956. Par la suite, d’autres organisateurs, dont des membres de sa famille, ont continué d’honorer sa promesse.
 
Jadis, le groupe amenait au sanctuaire québécois plus de 300 personnes chaque été. Parmi elles, plusieurs étaient lourdement handicapées. Sa taille et son importance étaient telles qu’un chapitre des Aides – ce corps de bénévoles en chemise beige qui rend de nombreux services au sanctuaire – a été créé spécialement pour ce groupe. Un deuxième pèlerinage annuel avait lieu en septembre et s’arrêtait aussi au sanctuaire de Notre-Dame-du-Cap, à Trois-Rivières. Celui-ci a pris fin en 2013, après 60 ans.
 
Une décision «difficile»
 
Depuis deux décennies, c’est un ancien directeur d’école de l’État de New York, Leonard DiVittorio, qui pilote l’aventure estivale annuelle et qui continue d’amener à Sainte-Anne des dizaines de personnes. Son sourire, sa voix grave et sa dégaine dynamique sont bien connus des habitués du sanctuaire tricentenaire. Mais en avril, son sourire s’est effacé un instant pour confirmer à la grande «famille» du pèlerinage que l’été 2017 – le 95e du groupe – sera le dernier. Une décision «difficile» qui survient après avoir «scruté son âme, agonisé et prié».
 
M. DiVittorio prend part au pèlerinage annuel depuis 1972. Depuis 1998, c’est lui qui dirige et organise le groupe. Il rêvait d’honorer la promesse d’Andrew Ahearn en atteignant le 100e anniversaire, en 2022.
 
«Au cours des dernières années, plusieurs changements au sanctuaire ont eu un impact sur notre pèlerinage et sur plusieurs pèlerins et groupes de pèlerinage durant la neuvaine. Nous avons tous été en mesure d’affronter les tempêtes chaque année, jusqu’à cette année-ci», explique-t-il dans une lettre envoyée aux pèlerins le mois dernier. «Le principal changement majeur qui nous affecte grandement cette année est que le sanctuaire ne gère plus l’Auberge.»
 
En effet, la gestion de l’Auberge de la basilique, qui se trouve en face du sanctuaire et qui appartient aux rédemptoristes, est désormais confiée à l’agence de placement Divine & Diamond, spécialisée en hôtellerie et restauration. Les rédemptoristes ont annoncé plus tôt cette année la fermeture de la cafétéria de l’Auberge. Seuls des «déjeuners continentaux» seront servis. Ils voulaient aussi interdire aux hôtes de consommer de la nourriture dans les chambres, mais cette disposition a été révoquée pour 2017 devant la grogne suscitée par cette décision, selon ce qu’a appris Présence.
 
La décision de mettre fin au pèlerinage annuel du Ahearn «est due à ce qui s’est passé avec l’Auberge, ainsi qu’à la manière dont nous avons été traités au cours des dernières années», précise M. DiVittorio, qui évite toutefois de donner trop de détails sur les tensions qu’il évoque. Il dit craindre pour l'avenir de la neuvaine en anglais et de l'Auberge, un endroit prisé par les groupes qui misent sur ce lieu pour dormir et manger à proximité de la basilique.
 
Le sanctuaire «attristé»
 
Du côté du sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré, on se dit «attristé» par cette décision.
 
«Depuis plus de 40 ans que je suis au sanctuaire et j’ai vu passer bien des groupes, des organisateurs», indique Assunta Bouchard, vice-rectrice du sanctuaire. «Maintenant c’est le tour du Ahearn. Cela nous met devant une évidence: nous ne sommes pas éternels, nous en tant qu’être humain. Par contre, et c’est ce qui est rassurant, c’est que la bonne sainte Anne continue et continuera d’être là. Le sanctuaire est bien debout.»
 
Elle affirme par ailleurs que la perte de ce groupe ne remet pas en question la neuvaine anglophone. «L’année prochaine c’est certain qu’il y aura une neuvaine anglaise», même si ce groupe n’y est pas, assure Mme Bouchard.
 
La vice-rectrice confie que le sanctuaire a l’intention de rendre un hommage particulier au pèlerinage du Ahearn lors de son dernier passage, en juillet. M. DiVittorio se dit «déchiré» devant cette intention et indique que si on le contacte à ce sujet, il devra avoir une bonne discussion avec les autorités du sanctuaire.
 
Les neuvaines de prière en français et en anglais se déroulent du 17 au 25 juillet et culminent avec la fête de sainte Anne et saint Joachim le 26 juillet.
 
 
Philippe Vaillancourt, Présence - information religieuse