Mardi, 5 Décembre, 2017 - 11:25
Le mardi 19 décembre, la chanteuse Annie Villeneuve sera à Val-d'Or. Elle participera au concert de Noël de la Maison de la source Gabriel. Ce sera la septième fois que cette maison de soins palliatifs organisera une telle activité-bénéfice afin de recueillir des fonds pour ses activités. En 2016, c'est le chanteur Marc Hervieux qui offrait une prestation à l'église Saint-Sauveur de Val-d'Or. Il y a deux ans, Gregory Charles était l'invité de la Maison de la source Gabriel.
 
Mais contrairement à ses deux prédécesseurs et à ce qui avait été annoncé dans les médias locaux au début du mois de novembre, Annie Villeneuve ne chantera pas à l'église Saint-Sauveur. Le spectacle de Noël se déroulera plutôt au Théâtre Télébec de Val-d'Or.
 
Dans un texte publié à la une du bulletin du diocèse d'Amos, Mgr Gilles Lemay annonce qu'une paroisse du diocèse «a décidé de ne pas prêter l'église à la Maison de la source Gabriel pour un concert bénéfice».
 
«Cette décision a été prise pour affirmer notre désaccord avec le fait que la direction a permis que soit euthanasiée une personne dans leur [sic] maison le mois d’octobre dernier», précise l'évêque d'Amos dans le Bulletin d'informations de décembre et transmis aux abonnés le 29 novembre 2017.
 
«L’Église se sent abandonnée, voire même trahie, parce qu’en septembre 2015, la directrice de l’Alliance des maisons de soins palliatifs déclarait que la totalité des maisons de soins palliatifs n’offrira pas l’aide médicale à mourir», explique ensuite Mgr Lemay.
 
Ne pas créer une polémique
 
«Ne comptez pas sur nous pour créer une polémique», lance Denis Giguère, directeur général de la Maison de la source Gabriel, lorsqu'informé des propos tenus par Mgr Lemay dans le bulletin diocésain. «On ne veut pas de polémique et on n'a pas à être choqué. Que le diocèse choisisse de mettre fin à son appui à notre Maison, c'est en cohérence avec ses valeurs», tempère-t-il.
 
«C'est certain qu'on aurait aimé que notre concert ait lieu de nouveau dans cette église. C'est un spectacle de chansons de Noël et l'endroit s'y prête bien. C'est une très belle église», reconnaît-il.
 
Les dirigeants de la Maison de la source Gabriel ont rencontré Mgr Gilles Lemay il y a un mois et ont précisé que depuis l'adoption du projet de loi 52 sur les soins de fin de vie,trois demandes d'aide médicale à mourir ont été formulées par des patients de la Maison de la source Gabriel.
 
«Pour les deux premiers patients, la Maison a effectué leur transfert vers le Centre hospitalier de Val-d'Or.» Dans le troisième cas, après un «processus de réflexion et de consultation des membres du conseil d'administration et du personnel», la maison a opté pour que ce soit le personnel hospitalier qui se rende à la maison de soins palliatifs afin de prodiguer l'aide médicale à mourir.
 
La rencontre avec Mgr Lemay a duré quelque 90 minutes. «Ce fut une rencontre très courtoise», affirme M. Giguère. Une lettre de trois pages a aussi remise à l'évêque le 8 novembre 2017.
 
«Compte tenu de la perspective actuelle de l'Église qui désire respecter et protéger la vie jusqu'à la mort naturelle, nous comprenons que vous soyez sous le choc, peiné et consterné face à notre décision», peut-on lire dans cette lettre.
 
Accompagner jusqu'au bout
 
La Maison de la source Gabriel y réitère que sa mission est celle «d'accompagner jusqu'au bout les gens en fin de vie et ce, sans discrimination». La maison entend aussi «respecter les droits et libertés de chaque patient  à recevoir l'aide médicale à mourir où bon lui semble».
 
Pas question pour les intervenants de cette maison de prendre position en faveur ou non de l'aide médicale à mourir, a répété M. Giguère à l’évêque. «Nous choisissons de respecter le choix de notre patient en l'accompagnant de façon inconditionnelle», a-t-il dit, y compris s’il demande l’aide médicale à mourir.
 
«On n’est quand même pas pour expulser les gens», lance M. Giguère en entrevue téléphonique. Et pour lui, cela ne fait aucun doute, une maison de soins palliatifs, «c'est bien le meilleur endroit où décéder», peu importe le choix de fin de vie qui est fait.
 
L'aide médicale à mourir ne sera pas dispensé par le personnel de la maison de soins palliatifs, son infirmière ou son médecin, a aussi assuré son directeur général lors de sa rencontre avec l’évêque Lemay.
 
«Nous respectons votre point de vue, la vision pro-vie que prône l’Église. Nous nous engageons d’ailleurs à respecter tout autant la volonté de toute personne, chrétienne ou non, voulant ou ne voulant pas recevoir l’aide médicale à mourir. Nous ne sommes pas des militants de l’aide médicale à mourir, nous sommes ouverts et respectueux des volontés et croyances de nos clients et décidons de les accompagner inconditionnellement jusqu’au bout», a-t-on écrit dans la lettre remise à Mgr Lemay. La lettre est signée par Sylvie Roy, présidente de la Maison de la source Gabriel, et par Denis Giguère, son directeur général.
 
Dans le texte publié par Mgr Gilles Lemay, il n’est pas fait mention de cette rencontre avec les autorités de la maison de soins palliatifs ou encore des assurances contenues dans la lettre qui lui a été remise le 8 novembre 2017.
 
«Dans notre pays, on a gravement manqué à ce respect de la vie, un don sacré qui vient de Dieu en légalisant l’avortement, et maintenant l’euthanasie et le suicide assisté. Cette dernière mesure, la Loi 52, a apporté beaucoup de divisions et produit beaucoup de confusion, dans la population comme dans le corps médical», a écrit Mgr Lemay dans le Bulletin d’informations du diocèse d’Amos.
 
La paroisse évaluera son partenariat
 
Dans un second texte, rédigé cette fois par Jean-Marie Niyonsaba, vicaire de la paroisse de Val-d’Or, on écrit que «le diocèse d’Amos en tant que partenaire avec la Maison de la source Gabriel ne soutient pas l’adoption d’une résolution autorisant l’aide médicale à mourir dans les enceintes» de cette maison de soins palliatif.
 
Le vicaire ajoute toutefois que sa paroisse continuera d’accueillir les besoins des patients de cette maison qui vont de l’aide spirituelle «mais qu’elle doit évaluer son partenariat avec elle dans le respect de leurs valeurs mutuelles et autonomies réciproques».
 
 
François Gloutnay, Présence - information religieuse