Mercredi, 9 Août, 2017 - 10:23
Petite révolution bien assumée au Cap-de-la-Madeleine, alors que le plus grand sanctuaire marial au Canada cherche à se mettre au diapason des bouleversements dans les pratiques pèlerines. Sous l’inspiration du père Pierre-Olivier Tremblay, l’un des penseurs les plus avant-gardistes en la matière au Canada, il s’agit d’établir un modèle de sanctuaire adapté au XXIe siècle.
 
Nommé recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap en 2015, le père oblat a hérité d’un lieu engagé dans un processus de changement. La traditionnelle neuvaine de l’Assomption en août était déjà placée sous le parapluie du Festival de l’Assomption. Face au délitement progressif du sens d’un mot comme «neuvaine» dans la population, les oblats du Cap ont compris il y a sept ans qu’au Québec, les festivals, ça cartonne.
 
Mais voilà que le recteur veut aller plus loin. Dans le communiqué de presse envoyé aux médias à l’occasion du début de l’édition 2017 du Festival de l’Assomption, la mise en marché et les retombées économiques occupent autant d'espace que l'aspect religieux. On annonce le passage de vedettes de la chanson populaire – dont Mario Pelchat – afin d’amplifier l'attrait l’événement. Pipolisation du site? Pas tout à fait, rétorque le père Tremblay.
 
«C’est un défi de tenir ensemble plusieurs perspectives», dit-il. «Les grands sanctuaires se sont construits autour de la vision d’un pèlerinage de groupe, dans un contexte de christianisme omniprésent. Les sanctuaires offraient alors des services de deuxième ligne, puisque les gens arrivaient déjà convaincus. On leur offrait des messes, des confessions, des chemins de croix, et les gens étaient très heureux. Mais actuellement le contexte évolue et les sanctuaires sont en train de devenir des lieux de première ligne.»
 
Diverses clientèles
 
Pour s’adapter, on parle désormais au Cap de «clientèles», un mot qui aurait été honni dans un lieu de ce genre au Québec il y a quelques décennies. Il est donc question de «clientèle pèlerine», à laquelle s’ajoutent plus que jamais des clientèles composées de chercheurs de sens d’une part, et de touristes d’autre part.
 
«C’est à nous de répondre aux clientèles. Il faut aussi accompagner la clientèle pèlerine, qui peut avoir des résistances, l’éduquer à l’accueil. Il y a un travail en amont qui va prendre des années. On doit travailler avec les pèlerins», assure le recteur, qui remarque bien que les résistances sont «manifestes».
 
«Ce ne sont pas des résistances idéologiques, mais coutumières, ancrées dans la tradition. Les gens sont bien dans leur manière de faire. Leur attachement au lieu est passionnel, car plusieurs ont vécu là certaines de leurs plus belles expériences de vie», explique-t-il.
 
Les derniers grands travaux d’aménagement sur le terrain de la basilique remontent au début des années 90. Tout avait été pensé en fonction de l’accueil de groupes organisés voyageant en autobus. Mais comme pour d’autres sanctuaires au Québec, ce type de voyage régresse, laissant le champ libre à de nouvelles pratiques plus individualisées.
 
«Il faut repenser tout ça, il faut travailler en amont. On a devant nous une industrie du tourisme religieux qui est à refaire et repenser complètement», lance-t-il. «On est d’abord et avant tout un lieu spirituel et religieux. Nous ne devenons ni un Walt Disney, ni un musée. Il faut cependant une vision large. Cela dit, pas question d’abolir nos racines.»
 
Changement de paradigme
 
Si les racines demeurent solidement fixées dans l’histoire, l’arbre, lui, ne pousse pas nécessairement en ligne droite. À preuve, un motu proprio du pape François, Sanctuarium in Ecclesia, daté du 11 février, passé presque inaperçu quand le Vatican l’a rendu public le 1er avril. Le Saint-Siège n’offre d’ailleurs aucune version francophone de cette lettre dans laquelle le pontife transfert les compétences sur les sanctuaires de la Congrégation pour le clergé au Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation. Un changement de paradigme salué par Pierre-Olivier Tremblay.
 
«Il a bien saisi que la nature des sanctuaires est en train d’évoluer. D’un point de vue religieux, nous avons un nouveau rapport au monde. Nous devenons un centre de nouvelle évangélisation. Cela implique que nous sachions aussi faire appel aux arts, aux témoignages, à la proposition du message et de la personne de Jésus. Un sanctuaire comme le nôtre est au service des gens.» Les gardiens du sanctuaire et les pèlerins de longue date «doivent devenir co-responsables», insiste-t-il.
 
Le Festival de l’Assomption se tient du 7 au 15 août 2017 au sanctuaire marial de Notre-Dame-du-Cap. Plus de 45 000 personnes sont attendues pour l’événement, dont 15 000 le jour de la fête de Notre-Dame de l’Assomption, le 15 août.
 
 
Philippe Vaillancourt, Présence - information religieuse