Le livre François, seul contre tous, « Le meilleur bouclier du pape, c'est vous et moi »

Mercredi, 12 Avril, 2017 - 15:46
Si Arnaud Bédat était responsable de la sécurité du pape François, lui déconseillerait-il de se rendre en Égypte les 28 et 29 avril, moins de trois semaines après les attentats à la bombe perpétrés dimanche dans deux églises coptes de ce pays et revendiqués par le groupe État islamique?
 
Peu importe ses conseils, le pape n'en fera qu'à sa tête, croit le journaliste suisse, en tournée au Québec pour la présentation de son livre François, seul contre tous (Flammarion).
 
«On ne peut rien lui dire. Le pape est persuadé d'être protégé par l'Esprit saint. Il aime Dieu et il aime les humains. Non, rien ne le fera renoncer à son voyage», croit Arnaud Bédat qui, depuis l'élection du pape François, en mars 2013, analyse les gestes et les discours de l'ex-cardinal argentin Jorge Bergoglio.
 
«Je sais que la sécurité vaticane et la Garde suisse étaient en Égypte, quelques jours avant les attentats de dimanche, afin d'effectuer des repérages et de régler des questions sécuritaires», a-t-il confié avant le début de sa conférence à la Librairie Paulines de Montréal, le 11 avril.
 
Il ne serait pas surpris qu'il y ait d'autres attentats, dans les prochain jours, «dont le but serait de mettre en garde le pape avant son voyage». Ce sera un «un voyage sous haute tension», dit l'auteur qui se définit comme un «papologue» depuis la publication de son précédent livre intitulé François l'Argentin.
 
Mais des tensions et des conflits, ce pape en a vu bien d'autres. En quatre ans, François s'est fait de tenaces ennemis. Arnaud Bédat en dresse une impressionnante liste dès les premières pages de son livre.
 
Il écrit que François «est seul contre tous».
 
«Contre les puissants et les États qu'il dénonce, contre les mafias qu'il excommunie, contre la curie romaine qu'il malmène, contre l'État islamique qui le menace, contre les marchands d'armes qu'il défie, contre les trafiquants de femmes qu'il stigmatise, contre l'idolâtrie de l'argent et l'économie tueuse qu'il vomit, contre certains milieux traditionnalistes catholiques qu'il déstabilise, contre les pollueurs qui détruisent la planète.»
 
Menaces internes et externes
 
Parmi toutes ces menaces, les plus dangereuses sont «les ennemis de l'intérieur», estime le journaliste qui répètera - à deux reprises durant sa conférence - que le pape compte, dans la curie romaine, «10% de partisans et 20% d'ennemis déclarés».
 
«On dit que les 70% restants attendent le prochain pape», a-t-il ensuite lancé, ce qui a provoqué bien des rires parmi la soixantaine de personnes venues l'écouter et se procurer son livre.
 
À l'extérieur des cercles catholiques, le plus grand danger qu'affronte le pape, «c'est l'État islamique». Les événements des derniers jours, en Égypte, le confirment, estime Arnaud Bédat. «Ils veulent en découdre. Ils veulent essayer de l'avoir.»
 
Mais ce pape, «un leader politique de premier plan» – qui obtient, en 2016, la cinquième place dans le classement du magazine Forbes des personnalités les plus puissantes du monde, a-t-il rappelé – a l'appui des foules.
 
«C’est sa grande force. Il va chercher les gens aux périphéries. Son discours fait mouche, au-delà des catholiques pratiquants, ceux qui vont à l'église tous les dimanches. Les gens, même s'ils n'ont pas la foi, sont accrochés par les discours de ce pape», un homme puissant qui vit pourtant de manière dépouillée, sans aucun luxe.
 
«Le meilleur bouclier du pape, c'est vous et moi. Ce sont tous ces gens qui l'écoutent», estime l'auteur de François, seul contre tous. «C'est son meilleur gilet pare-balles.»
 
 
François Gloutnay, Présence - information religieuse