Lundi, 26 Juin, 2017 - 15:35
«Non… je suis juste un être humain.» C’est par cette simple phrase, lourde de sous-entendus, que se termine la bande dessinée Comment je ne suis pas devenu moine. Pour bien en comprendre le sens, il faut suivre l’épopée de son auteur - et personnage principal -, Jean-Sébastien Bérubé, qui se rend au Tibet dans l’espoir de rencontrer un grand maître tibétain et d’être initié par lui aux arcanes du bouddhisme.
 
C’est par un matin d’hiver de 1999 que le jeune Jean-Sébastien Bérubé prend l’autobus en direction de Montréal. Il se dirige vers le Temple tibétain de Montréal, lieu de tous ses fantasmes. Il veut devenir moine, à l’image de son héros le Dalaï-lama.
 
Né à Rimouski, il découvre le bouddhisme à l’âge de 12 ans. Pourtant, rien ne le disposait à adhérer à ce courant spirituel millénaire. «J’ai été élevé dans une famille québécoise typique. Mes parents n’étaient pas pratiquants. Mes grands-parents l’étaient davantage. Ma grand-mère me parlait de Jésus.» Petit, il a comme gardiennes les religieuses de la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame du Saint Rosaire qui habitaient la maison voisine.
 
«À douze ans, j’ai voulu me rebeller. Faire les choses à ma manière.» Il lit le livre Le troisième œil du célèbre mystificateur Lobsang Rampa (de son vrai nom Cyril Henry Hoskin). Ce n’est que bien plus tard qu’il découvre l’imposture. Par la suite, il met la main sur les œuvres du Dalaï-lama et de la journaliste Alexandra-David Néel.
 
Son intérêt pour le bouddhisme s’accompagne d’une curiosité pour tous les phénomènes inexpliqués et le paranormal. «Dans les années 90, j’achetais des cristaux, des pendules. Je lisais des livres sur le spiritisme, sur les voyages astraux et sur les extra-terrestres.»
 
À cette époque, Jean-Sébastien Bérubé est un adolescent frustré. À l’école, il est victime d’intimidation en raison de son bégaiement et du port d’un corset orthopédique. «Les étudiants riaient de moi.»
 
À l’âge adulte, il décide de concentrer sa démarche spirituelle au bouddhisme tibétain.
 
Notre héros arrive donc au Temple bouddhiste tibétain de Montréal. C’est ainsi que débute Comment je ne suis pas devenu moine.
 
«Tout en fréquentant le Temple, je travaillais pour la Société des enfants handicapés du Québec. L’été, j’allais planter des arbres dans l’Ouest canadien. J’étudiais en bande dessinée à l’Université du Québec en Outaouais. Je revenais toujours au Temple afin de recevoir des enseignements et pour prendre de cours de tibétain.»
 
Durant son apprentissage, il est témoin de comportements déplacés de moines bouddhistes. Il découvre aussi quelques pratiques en opposition avec l’enseignement du bouddhisme. Un jour, une délégation de moines bouddhistes vietnamiens lui présente même une dent de Bouddha…
 
Enfin au Népal
 
Ces incohérences le persuadent de partir pour le Népal en 2005. Là-bas, c’est le choc. «Cela ne faisait pas une heure que j’étais arrivé que je rencontre deux Tibétaines. Nous discutions ensemble lorsque deux moines m’ont demandé ce que j’avais dans mon sac. Les deux filles avec qui je discutais me dissuadent de leur répondre, car ce sont de "mauvais moines". En fait, ils convoitaient ce que je transportais dans mon sac!»  
 
Dans son album, Jean-Sébastien Bérubé met l’emphase sur une société inégalitaire dans laquelle le peuple tente de subsister le mieux possible à l’occupation chinoise. À plusieurs reprises, il est victime de stratagèmes plus ou moins élaborés dont le but est de lui soutirer quelques roupies. La pauvreté des Tibétains le trouble.
 
«Je n’avais jamais lu des livres sur la société tibétaine, écrits par des historiens, des sociologues ou des anthropologues. Le bouddhisme, je l’avais toujours lu dans les livres qui nous le présentent comme une philosophie.»
 
Un jour, il fait la rencontre d’un homme qui en était à son sixième voyage au Tibet. Il lui confie qu’avant l’arrivée des Chinois, le peuple tibétain vivait dans l’obscurantisme. Seuls les moines de hauts rangs recevaient une éducation. Les moines possédaient la presque totalité des terres agricoles. Pour Jean-Sébastien Bérubé, c’est une révélation.
 
Une autre discussion avec un Occidental lui fait prendre conscience que les moines tibétains ne sont que des êtres humains comme les autres. Dans les monastères, lui dit-il, il y a quelques moines qui pratiquent sérieusement, mais la majorité est « une bande d’hypocrites». Puis, il le met en garde : «Il y a plein de gens qui viennent ici pour devenir moines ou nonnes en pensant que leurs problèmes seront réglés, mais en réalité, ils les fuient.»
 
Pourtant, lors de sa première rencontre avec le maître Dagom Rinpoché, ce dernier s’était montré d’une franchise désarmante. «Le bouddhisme est compliqué. Il y a ceux qui l’étudient sérieusement et ceux qui suivent la mode. Mais, même ici, c’est comme cela. Certains s’en servent pour devenir populaires ou pour exercer un pouvoir sur les autres.»
 
Des années après son expérience initiatique, Jean-Sébastien Bérubé croit que celle-ci l’a amené à relativiser. «Cela m’a fait prendre conscience qu’il n’y a pas une religion qui est meilleure que l’autre, et que tous les êtres humains… sont des êtres humains.» Des êtres qu’il cherche dorénavant à mieux saisir grâce à la psychologie, à l’histoire et à l’anthropologie.
 
Aujourd’hui, Jean-Sébastien espère envoyer un message à travers les cases de son album, véritable récit autobiographique d’une quête existentielle. «Allez vérifier! Informez-vous. Cela évite de croire tout ce que l’on peut nous dire et de tomber dans le piège de l’idéalisation.»
 
 
 
 
Yves Casgrain, Présence - information religieuse