Mercredi, 6 Septembre, 2017 - 15:48
La Faculté de théologie et de sciences religieuses (FTSR) de l’Université de Montréal a cessé d’exister en mai dernier pour céder la place à une nouvelle entité administrative intégrée à la Faculté des arts et des sciences, soit l’Institut d’études religieuses (IÉR). Malgré quelques insatisfactions exprimées sur le choix de nom, la direction et les étudiants entament cette première rentrée animée d’un désir commun: prouver la pertinence de s’intéresser au fait religieux dans un cadre universitaire.
 
«Le changement de nom, c’est sûr que ça fait débat, confie Simon Massicotte, président sortant de l’Association étudiante de théologie et de la science des religions de l’Université de Montréal (AÉTSRUM). Je vous dirais que la plupart des étudiants sont un peu contre le nom actuel. C’est ce qui ressortait de notre dernière assemblée générale.»
 
D’une part, il y a le choix du terme «études religieuses» qui fait des mécontents dans les deux secteurs traditionnels de ce champ d’études: des étudiants en théologie voient l’absence du mot «théologie» comme un signe que leur discipline serait moins importante que les autres, alors que des étudiants en sciences des religions trouvent que la formule retenue laisse sous-entendre que les études sont faites par des religieux.
 
Pour nombre d’étudiants étrangers, c’est la perte du mot «Faculté» et du statut canonique qui pose problème.
 
«On a un gros groupe d’étudiants qui proviennent d’Afrique, explique Guylène Lemay, étudiante en théologie et secrétaire de l’AÉTSRUM. Ils viennent étudier pour ensuite retourner dans leur communauté religieuse, où ils vont travailler et occuper un poste. C’est vrai que pour eux, ça fait une énorme différence si c’est écrit «Faculté de théologie» plutôt qu’«Institut» sur leur diplôme. C’est ce qu’ils nous disent.»
 
Alain Gignac, nommé directeur de l’IÉR en mai, reconnaît que l’époque où l’on enseignait la théologie avec une visée «pastorale» est révolue depuis longtemps. Pour ce qui est du choix du nom, il dit ne pas être au courant du débat qui a eu cours parmi les étudiants. Il explique le choix de l’administration ainsi: «L’équipe a opté pour un calque de «Religious Studies». Dans le monde scientifique anglo-saxon, c’est reconnu comme une discipline et ça peut inclure la théologie, bien qu’il y ait de nombreuses positions sur le sujet. Il s’agit d’un choix pragmatique, qui n’a aucunement pour but d’exclure la théologie!»
 
Simon Massicotte voit pour sa part un avantage à ce nouveau nom. «Ça permettra peut-être à l’Institut de sortir de la dichotomie théologie versus science des religions, pour inclure la réalité des étudiants en spiritualité, mais aussi de ceux qui proviennent des autres programmes universitaires.»
 
Car, en ce moment, les étudiants qui appartiennent aux programmes d’études religieuses sont minoritaires dans leurs propres classes; ils représentent de 25 à 33 % de la clientèle inscrite aux cours, confirme le directeur. «Les autres étudiants proviennent principalement de la Faculté des arts et des sciences: histoire, littérature, philo… Nous avons également un partenariat avec les sciences de l’éducation, pour le baccalauréat en enseignement de l'éthique et de la culture religieuse, qui nous envoie de 15 et 20 étudiants chaque année.»
 
Une identité à définir
 
«[Le changement de statut] c’est plus une transition qu’une rupture, tempère le directeur de l’IÉR. C’est une transition qui est surtout administrative. On était une petite faculté, un peu en marge de l’université, très centrée sur les milieux ecclésiaux. Maintenant, on est au cœur de l’université. On a comme proche voisin les sciences sociales. On peut compter sur les services et les ressources d’une énorme faculté.» 
 
Guylène Lemay, qui avoue avoir eu «un pincement au cœur» en apprenant la fermeture de cette faculté fondatrice de l’Université de Montréal, entrevoit un potentiel de convergence qui est de bon augure. «Je fais partie de celles qui croient qu’on a tout à gagner de travailler de façon multidisciplinaire avec tous les membres du corps des sciences humaines et sociales. Je vois donc la «départementisation» de la Faculté comme une voie pour en arriver à ce type de fonctionnement. Pour moi, ce n’est pas une mauvaise chose.»
 
Il n’en demeure pas moins que l’IÉR fait maintenant face à l’immense défi de repenser sa mission et son projet académique. L’équipe de direction a défini trois secteurs de recherche dans lesquels elle veut déployer ses efforts: la théologie, la science des religions et la spiritualité.
 
«Nous comptons redéfinir la théologie, annonce le directeur. Avant, elle était axée sur la formation professionnelle. On va la redéfinir comme héritage de la pensée occidentale. Car il y a une vision de la société qui est portée par la théologie chrétienne, par la théologie musulmane, par la théologie juive. C’est un héritage qui a son mot à dire sur les questions de société.»
 
L’autre grand chantier concerne la spiritualité.
 
«Il y a une spiritualité séculière, actuellement, qui se développe. Les gens se posent des questions de quête de sens, sans nécessairement vouloir s’embarquer dans une religion toute faite ou dans une institution. On veut étudier ce phénomène-là, lui donner une place à l’université. Il faut développer une certaine rationalité là-dedans. On voit du bon et du mauvais; il y a du marketing spirituel, du pseudo-chamaniste, il y a ce que j’appelle de la spiritualité sauvage… Il faut étudier cela, le documenter, et articuler un discours qui nous permette de comprendre ce phénomène.»
 
Des étudiants de tous les horizons, croyants et non-croyants
 
Dans une société québécoise foncièrement laïque, où la pratique d’un culte religieux régulier a été abandonnée par une majorité de Québécois, les études religieuses attirent des individus aux profils variés.
 
À 22 ans, Simon Massicotte entreprend une seconde année en science des religions. Il jongle entre la possibilité de faire de la recherche sur la «transformation des comportements religieux» et celle de joindre un organisme international qui accueillent des réfugiés.
 
À 44 ans, Guylène Lemay a pris sa retraite comme médecin de famille pour effectuer un retour aux études en théologie. D’abord inscrite à temps partiel, la mère de quatre enfants se dit attirée par la recherche fondamentale. Son sujet de prédilection? L’Ancien Testament. «Je tente un retour aux sources impossible, dans les langues d’origines, pour voir dans ce texte-là ce qui parle encore à l’humain aujourd’hui.»    
 
Peut-on présumer que la majorité des étudiants de ce parcours académique sont croyants? «Pas nécessairement, répond Guylène Lemay. C’est très varié comme profil. Il y a des gens de toutes les confessionnalités: des protestants, des musulmans, des juifs. Mais il y a aussi des athées convaincus jusqu’au prosélytisme… La théologie reste une voie de questionnement sur l’humain, rappelle l’étudiante, au même type que la psychologie, la socio et l’histoire.»
 
 
Philippe Jean Poirier, Présence - information religieuse